Début novembre 2006 : les Tuvalu
Le 6 novembre, heu non le 7 novembre, car l'archipel des Tuvalu est situé à l'ouest de la ligne de changement de date. En traversant cette ligne, il faut avancer nos montres d'une journée, autrement en arrivant en France nous aurons une journée de retard, ce qui est arrivé à l'équipage de Magellan à leur retour au Portugal. Cette année nous ne vivrons pas de 6 novembre ! Bref, le 7 novembre, après une traversée de 6 jours depuis Rose Island, notre paradis perdu, nous jetons l'ancre dans l'atoll de Funafuti aux Tuvalu.
Drapeau jaune dans les barres de flèches, nous filons à la douane, à la quarantaine et à l'immigration pour faire notre clearance d'entrée.
Dans de nombreux pays, nous devons également obtenir un permis de navigation pour être autorisés à s'arrêter dans les autres îles et atolls du territoire. Ces permis sont généralement accordés facilement mais aux Tuvalu nous avons essuyé un refus catégorique. Impossible de faire escale à Nukufetau et Nanumea, deux atolls plus au nord. Les autorités nous expliquent que certains plaisanciers ont abusé en restant plus longtemps que le délai accordé et en réclamant de l'eau douce et du gasoil, précieuses ressources dans ces atolls éloignés qui suffisent à peine à satisfaire la population locale. Nous essayons de les apitoyer sur notre sort, la route est longue jusqu'aux Kiribati et nous arrêter deux jours dans les atolls plus au nord nous permettrait de nous reposer. Rien y fait, nous sommes arrivés au mauvais moment, les règles changent si vite, d'autres auront peut-être plus de chance que nous.
Devant leur obstination, nous profitons donc de Funafuti qui, en dehors de Vaiaku, la capitale, est un très bel atoll.
Cinq milles habitants ont élu domicile à Vaiaku sur l'îlot de Fongafale qui mesure 2,6 km², soit 1 923 habitants au km² ! La société de consommation arrive à grands pas à Funafuti où la route goudronnée depuis quelques années accueille de nombreux 4X4, des minibus et des motos. Les télés, ordinateurs et frigos commencent à envahir les maisons. Le mode de vie traditionnel reste très présent, les ressources principales sont la pêche et le coprah. Chaque jardin abrite ses tombes fleuries car les ancêtres sont enterrés sur leur terre, cette tradition perdure en Polynésie et en Micronésie.
La surpopulation génère beaucoup de déchets qui ne sont pas traités et bordent la route ou s'entassent dans une décharge sauvage à la pointe nord de l'île.
A ce problème s'ajoute celui de la montée des eaux due au réchauffement climatique. Constitués de 9 atolls dont la superficie est de 26 km² et dont les terres ne dépassent pas 5 mètres au dessus du niveau de la mer, les Tuvalu, au même titre que tous les autres atolls du monde sont particulièrement sensibles aux changements du niveau de la mer et aux intempéries. A long terme, cette élévation des eaux de quelques millimètres par an condamne les atolls à disparaître.
Pendant les grandes marées, l'eau salée s'infiltre dans le corail et, en dehors de quelques potagers privés, rien ne pousse sur l'île. Les produits frais arrivent par cargos, nous sommes chanceux car un bateau a ravitaillé l'atoll la semaine précédente et nous trouvons des choux, des carottes, des oeufs et même des pommes à prix d'or !
Nous avons été charmés par les nombreux îlots inhabités situés à quelques milles à l'ouest de Vaiaku. Cette partie de l'atoll est une réserve naturelle, site de ponte des tortues vertes, elle abrite également de nombreux espèces d'oiseaux. Tous les jours, nous croisons les dauphins qui chassent dans la passe, sous l'eau c'est un superbe balai et un concert de sifflements !
Le 12 novembre, nous quittons l'atoll de Funafuti, déçus de ne pouvoir faire escale dans d'autres atolls des Tuvalu, cap sur Nonouty aux Kiribati. Plus nous approchons de l'équateur, plus nous sommes surpris par les grains. Pluie, pétole, vent d'ouest, ces changements soudains de force et de direction du vent compromette notre stop à Nonouty car l'atoll n'est abrité que des vents d'est. Nous passons donc notre chemin. En route nous croisons beaucoup d'objets flottants, bouts de bois, bidons, fûts, sur lesquels se développe tout un écosystème. Les coryphènes en font partie ce qui nous permet de pêcher quatre beaux spécimens !
Le 17 novembre au petit matin, un an jour pour jour après avoir franchi l'équateur dans l'Atlantique avec Pierre, nous refranchissons la ligne pour retrouver l'hémisphère nord. C'est à mon tour de revêtir l'habit de Neptune pour offrir une goutte de champagne à la mer, une à notre fidèle vaisseau et le reste pour l'équipage !!!
Quelques heures plus tard nous jetons l'ancre dans l'atoll d'Abemama aux Kiribati.
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