Juillet-aout 2006 : Tuamotus
Enfer ou paradis ? Surnommés « îles infortunées » ou « archipel dangereux » par les navigateurs qui les apercevaient, parfois trop tard, ces anneaux coralliens à fleur d’eau sont si bas que la navigation est dangereuse, si bas qu’il y pleut rarement, si bas qu’ils sont à la merci des tempêtes tropicales et des cyclones.
Aujourd’hui, avec l’aide des moyens de navigation modernes, les dangers sont moindres et l’archipel des Tuamotu abrite un chapelet d’atolls aux paysages paradisiaques. Nous y avons navigué un mois et demi au gré du vent, voilà où il nous a poussé…
Arrivée et finale à Makemo…
Après plus d’un mois de traversée entre le Chili et la Polynésie Française, le 6juillet, nous atteignons enfin ces couronnes récifales. Le courant sortant de la passe Arikitamiro freine la course de Tiamanga et c’est à la vitesse de 2 nœuds que nous entrons dans les eaux calmes et claires de l’atoll de Makemo laissant derrière nous la houle océanique. Comme la plupart des atolls, Makemo concentre la majorité de sa population au sein d’un village unique. Nous jetons l’ancre à côté de la passe, devant le village de Poeheva. L’accueil des Paumotu (habitants des Tuamotu) est chaleureux et nous sommes vite conviés à boire quelques bières de bienvenue.
Après cette longue traversée, les cales et les réservoirs de Tiamanga sont vides et dans deux jours nos copains Stéphanie, Raphaelle, Anne Laure et Arnaud débarquent pour une croisière de trois semaines. L’eau est une denrée rare aux Tuamotu et les maisons sont souvent équipées de grosses cuves qui peuvent contenir des milliers de litres d’eau, grâce à elles nous pouvons remplir les réservoirs d’eau de Tiamanga. Pour les fruits et légumes c’est plus compliqué, seuls le miki-miki (arbuste qui forme une brousse basse), le cocotier, quelques rares bananiers et arbres à pain arrivent à pousser sur les sols très pauvres des atolls. Pour le reste, ils sont le plus souvent approvisionnés par les goélettes qui partent de Tahiti et plus rarement par avion quand ils disposent d'une piste. A notre arrivée le bruit court que la goélette qui apporte des produits frais doit arriver dans deux jours…
Quelle joie d’accueillir les copains! Après un voyage de plus de 24 heures en avion les voilà enfin sur le pont de Tiamanga. Nous avons tellement de choses à nous raconter, les histoires fusent, les photos de tous les évènements que nous avons ratés défilent, les anecdotes sont nombreuses. Banana Split, le bateau d’Antoine, est mouillé à côté de Tiamanga. Autour d’un apéro, il partage avec nous son expérience bientôt disponible dans son autobiographie.
Le lendemain, c’est le jour de la finale de la coupe du monde France/Italie. Thomas le gérant d’un commerce du village a installé un téléviseur à l’ombre d’un arbre et tous se rassemblent pour regarder le match. Sur cette île du bout du monde, un plongeons dans le lagon nous fait vite oublier la défaite de la France…
Voilà le Kura Ora II qui fait son entrée dans l’atoll ! L'arrivée de la goélette est toujours un événement, les habitants se rassemblent sur le quai, chacun vient chercher sa commande, viandes, fruits et légumes, sucre, farine, bières, cigarettes, outils, essence, pirogues, électroménagers, etc. En retour, l’équipage charge du coprah (chair de noix de coco séchée) et des poissons fournis par les Paumotus destinés à la consommation des habitants des îles hautes. Toutes ces marchandises doivent être chargées et déchargées rapidement car la route est encore longue pour le Kura Ora II. Le capitaine de la goélette prend le temps de boire une bière avec nous. Le bateau a appareillé de Tahiti, il approvisionne les Tuamotu de l’est avant de rentrer à Papeete 24 jours plus tard.
Après avoir acheté un peu de frais nous levons l’ancre au coucher du soleil. La pleine lune nous éclaire tout au long de la traversée et nous entrons au petit jour dans l’atoll de Tahanéa où nos amis de Gaia : Philippe, Nini et Manéa nous attendent.
Tahanéa la sauvage
La plupart des atolls présente une barrière de corail plongeant dans l’océan à plus de 1000 mètres de fond. Un platier prolonge le récif jusqu’à une accumulation de débris coralliens qui forment une bande de terre. Le récif est souvent interrompu par des chenaux peu profonds (les hoa) qui permettent la circulation de l’eau entre le lagon et l’océan ou par des ouvertures plus importantes appelées passes où vit une véritable faune sous-marine et grâce auxquelles les bateaux peuvent entrer dans les atolls. Le passage des passes peut s’avérer périlleux en cas de mauvais temps ou de courant fort. La passe Teavatapu que nous empruntons pour entrer à Tahanéa à mauvaise réputation, profonde et large, la houle peut troubler les eaux mais le temps est calme, nous avançons avec prudence et nous entrons sans difficulté.
L’atoll est désert, un véritable coin de paradis et, en dehors de Gaia, seules quelques sternes blanches et frégates nous accueillent dans le lagon.
Chaque jour, chasse sous-marine pour nourrir tout notre petit monde. Il faut faire preuve de ruse dans cet endroit infesté de requins : Nini, Raphaëlle et Julie suivent Luc et Philippe dans l’eau en tirant l’annexe pour leur permettre de mettre rapidement le poisson tiré dans la bassine. Attirés par l’odeur du poisson blessé, les requins de plus en plus nombreux se font un peu trop pressant. Au bout de quelques minutes nous sommes entourés de dizaines de requins pointes blanches et pointes noires du récif et même de requins gris qui n’hésitent pas à croquer le poisson à peine fléché si nous ne le remontons pas assez vite, c’est le moment de prendre un peu de distance et nous partons chasser plus loin !
La ciguatera, intoxication alimentaire dûe à la consommation de poisson contaminés par une algue toxique qui pousse sur le corail mort, nous empêche de manger n’importe quel poisson. La toxine s’accumule dans le corps et, outre des démangeaisons et des picotements, elle peut entraîner chez l’homme des troubles intestinaux et neurologiques. Par précaution, en arrivant dans un atoll nous demandons leur avis aux habitants qui connaissent bien les poissons contaminés. En général, il vaut éviter les gros poissons et ne manger que les filets. Il n’y a pas âme qui vive à Tahanéa mais les habitants de Makémo nous ont dit que les perroquets et les mérous ne présentaient aucun danger. Chaque soir, pour fêter nos retrouvailles avec Gaia, apéro au punch Maitai et concours de cuisine. Le poisson cru au lait de coco est très prisé, le filet de perroquet mariné dans la sauce soja a sa place sur le podium et la mousse au citron de Nini et le gâteau au chocolat d’Anne-Laure font l’unanimité !
Le maraamu (vent du sud assez fréquent pendant la saison sèche) nous bloque à Tahanéa et nous en profitons pour traverser l’atoll et mouiller un peu plus au sud est. Le matin tôt pour ne pas brûler au soleil, nous partons marcher sur le platier submergé à fleur d’eau. C’est une véritable nurserie, petits requins pointes noires, petites murènes, petits perroquets, toute la faune sous-marine en miniature a trouvé refuge sur la pente externe du récif avant de devenir adulte et de se lancer dans des eaux plus profondes.
Au bord du platier, les oursins crayons aux longues et larges épines inoffensives apparaissent au gré des vagues. Les langoustes à l’activité nocturne se cachent. Au milieu des tâches mauves, jaunes, roses du corail, on peut voir les bénitiers aux couleurs chamarrés. A 11 heures, le soleil cogne, les paréos sur la tête et les bains réguliers dans les petites piscines naturelles ne suffisent plus à nous protéger du soleil et de la chaleur. Il est temps de rentrer.
Après plus d’une semaine de vie sauvage, le vent souffle toujours mais il est temps de partir. La passe Teavatapu est blanche d’écume la sortie de l’atoll est musclée et Tiamanga file avec le courant cap sur Faaité.
Le bûcher de Faaité
L’archipel des Tuomatu est tardivement peuplé par les maories (entre 1000 et 1500 après J.C.) et délaissé par les explorateurs au profit des îles hautes plus attirantes. Se sont les missionnaires qui, à la fin du XVIIIème siècle, marquent la fin des croyances traditionnelles. Ils créent des villages, des églises et plantent des cocoteraies pour développer l’exploitation du coprah et sédentariser les populations. Les sacrifices et les offrandes aux nombreux dieux que comptait le panthéon polynésien sont oubliés. Aujourd’hui, la diversité des croyances et des lieux de culte est le résultat des luttes d’influence entre missionnaires. La majorité de la population est protestante, 35% sont catholiques et le reste se divise entre mormons, sanito, adventistes et juifs. Les églises sont très influentes et participent activement à la vie polynésienne, cependant, croyances anciennes, superstitions, dérapages religieux et manipulations peuvent refaire surface comme en témoigne le cas extrême de Faaité.
Ainsi, en août 1987, trois étranges femmes « prêtresses » se réclamant du renouveau charismatique débarquent sur l’atoll de Faaité pour trois semaines. Elles vont organiser de nombreuses séances de prières collectives ou à domicile afin de guérir les malades et écarter le mal de l’atoll. Une partie des habitants adhère à ces croyances et quand les trois femmes quittent l’atoll, le trouble est jeté au sein de la population. S’entame alors une chasse aux démons. Hallucinations, possessions, exorcismes, psychose collective vont entraîner la mort de 6 insulaires brûler vifs sur un bûcher par leurs propres parents. En 1990, 21 personnes sont condamnés de 4 à 14 ans de réclusion criminelle.
Aujourd’hui Faaité a retrouvé son calme. Les habitants sont souriants et accueillants. Nous faisons connaissance avec la femme du maire, responsable de l’infirmerie car Arnaud a une méchante rage de dents. Aux Tuamotu, seuls quelques atolls possèdent une infirmerie. Un médecin chef et un dentiste font des tournées régulières mais les cas graves doivent être rapatriés sur Tahiti. A Aratika, une femme nous a raconté une histoire peu banale : deux hommes partent chasser. Sous l’eau, l’un d’eux prend son ami pour une tortue et lui tire une flèche dans le cou ! Règlement de compte ou accident, l’histoire ne le dit pas.
L’homme fléché a dû être emmené en bateau jusqu’au sud de l’atoll où, par chance, un riche perliculteur a construit un aérodrome ce qui lui a permis d’atteindre l’hôpital de Papeete à temps. Heureusement, les conseils avisés de Stéphanie et les anti-inflammatoires finissent par avoir raison de la rage de dents d’Arnaud et nous reprenons notre route direction Fakarava.
Plongées à Fakarava
Fakarava compte deux passes, au nord la passe Garue à côté du village Rotoava, autrefois le centre administratif des Tuamotu, et au sud, la passe Tumakohua près de l’ancien village de Tetamanu où une pension s’est maintenant installée. C’est au sud que nous choisissons de mouiller car l’endroit est moins fréquenté et réputé pour sa faune sous-marine. Chaque jour, en snorkling ou en plongée, nous assistons à un véritable spectacle :
Chirurgiens, demoiselles et poissons clown sont largement représentés, on y trouve également des bancs de becs de cane et de perches, des poissons trompette à la silhouette très effilée, des rougets cachés dans les failles du récif, des mérous nonchalants à la bouche extensible, des perroquets aux couleurs éclatantes qui doivent leur nom au bec solide avec lequel ils broutent le corail, des carangues curieuses au corps aplati et à la silhouette ovale, des nasons facilement reconnaissables à leur rostre, des napoléons à la masse imposante, les requins pointes blanches et pointes noires de petites tailles et même les requins gris fuselés et puissants.
Raphaelle et Luc plongent tous les jours dans la passe et traversent souvent l’impressionnant mur de requins gris, il peut y avoir jusqu’à 200 spécimens réunis pour se nourrir ! Luc en profite pour prendre quelques images sous-marines… Des thons dents de chien, poissons pélagiques fréquentent aussi les atolls. Exceptionnellement, une tortue timide s’enfuit à notre approche. Il faut se méfier de la murène aux dents acérées qui défend chèrement son trou, du poisson pierre, le roi du camouflage intégral au venin redoutable, des balistes aux dents proéminentes ou du poisson feu aux aiguilles acérées et venimeuses. Le clou du spectacle dédié à Raphaëlle qui l’a malheureusement raté, le majestueux ballet de la raie manta qui peut faire jusqu’à 4 mètres d’envergure.
Le manque d’appros et un changement d’équipage nous obligent à faire un aller-retour à Tahiti. C’est avec Brice le frère de Luc et sa copine Perrine que nous revenons à Fakarava pour retrouver Gaia que nous avions quitté à Faaité. C’est à deux bateaux que nous filons à Aratika.
Aratika
L’entrée par la passe Fainukea s’avère difficile, exposée au vent, les vagues déferlent et le courant est violent. Nous prenons donc la passe Temaketa à l’ouest de l’atoll. Il faut ensuite parcourir quelques milles dans le lagon pour atteindre le mouillage en face du village de Paparara et, alors que les filles sont en pleine séance bronzing, Brice guide Luc des barres de flèches pour éviter les nombreuses patates de corail qui affleurent.
Une fois au mouillage, nous faisons une pêche miraculeuse de mérous ou kito comme on les dénomme aux Tuamotu. Sur Gaia, Nini pêche à la palangrotte et nous remonte 6 beaux spécimens. Le lendemain, Luc en tire 5 au fusil.
En général, plus l’endroit est chassé, plus le mérou est profond mais l’atoll d’Aratika est encore préservé du tourisme et, sous l’eau, nulle crainte de la part du mérou, curieux, il s’approche même du plongeur et de son fusil.
Cette nonchalance ne doit pas faire oublier sa voracité, il est capable d’avaler un poisson presque aussi gros que lui.
A Aratika, nous faisons la connaissance de Noël, greffeur de perles. Autrefois, lorsque les plongeurs descendaient en apnée à plus de 40 mètres pour pêcher les huîtres recherchées pour la nacre, ils découvraient par hasard une perle noire pour des milliers d’huîtres ouvertes. Dans les années soixante, la technique de greffe des japonais a donné naissance à une nouvelle industrie. Aujourd’hui, beaucoup de lagons des Tuamotu sont parsemés de fermes perlières. Caché derrière son haut bureau, Noël nous dévoile les secrets de la greffe. Avec une pince, il maintient l’huître entrouverte, délicatement il introduit dans le manteau de l’huître un greffon (petit morceau de manteau prélevé sur une autre huître) et un nucleus (petite bille qui provient d’un coquillage du fleuve Mississipi) et remet les huîtres à l’eau, assemblées en chapelets suspendus dans les stations de collectage.
Il faudra attendre près de deux ans avant de pouvoir récolter les perles. Noël laisse sa place à Luc et nous comprenons vite pourquoi la greffe est si difficile et pourquoi les bons greffeurs sont tant recherchés et payés à prix d’or !
Après cette belle démonstration, Catherine, la femme de Noël, nous invite à boire un café. Responsable de l’infirmerie d’Aratika, elle nous parle des fléaux qui touchent la Polynésie, comme l’alcoolisme (la Polynésie est un des plus gros consommateur de bière au monde) qui touche une grande partie de la population, la consommation de pakalolo, le canabis local, fumé par beaucoup de jeunes mais surtout les problèmes liés à l’obésité et les ravages du diabète.
Avant de lever l’ancre pour Toau, nous passons au « magasin pépé » pour acheter quelques sardines en boîtes et des œufs, les étagères du magasin sont presque vides, ils attendent le passage de la goélette…
Toau
Deux familles vivent à Toau dans l’anse Amyot, mouillage très bien abrité. Nous sommes accueillis par Gaston et Valentine qui tiennent un petit restaurant pour nourrir les gens de passage. Gaston a le pied bandé et nous raconte devant un barbecue de langoustes sa mésaventure : la semaine dernière, il s’est fait tomber un tronc d’arbre sur l’orteil. Par chance, Rob, un chirurgien américain était au mouillage et a procédé à une amputation de son orteil sur place. Rob et sa femme, doivent quitter Toau et le chirurgien explique, sous nos yeux, à Valentine comment retirer les point de suture, une cuisse de poulet en guise de pied de Gaston, petit cours de médecine très instructif !
Gaston, astreint au repos total, demande à Luc de jeter un coup d’œil dans son parc à poissons pour vérifier qu’il n’y est pas de trou dans le grillage. Les parcs à poissons sont souvent construits près des passes pour capturer les poissons qui se déplacent entre le lagon et l’océan. Les poissons capturés sont autoconsommés mais aussi vendus aux îles hautes lors du passage de la goélette ou de l’avion. Ainsi, perroquets, becs de cane, carangues, rougets garnissent les étals du marché de Papeete. 
Avant que Luc plonge dans le parc, le beau frère de Gaston harponne un petit requin gris prisonnier dans l’enceinte et qui sème la zizanie, il sera donné à manger aux langoustes qui apprécient la chair du prédateur. Luc peut s’immerger en toute sécurité dans le parc où toutes sortes de poissons de lagons sont piégés, c’est un véritable aquarium. Il fait le tour de l’enceinte, vérifie l’état des grillages, rebouche un trou à l’aide d’un morceau de corail mort et pour le remercier Gaston lui propose de flécher une carangue pour notre dîner.
Le 12 août nous quittons Valentine et Gaston pour mettre le cap sur Apataki.
Apataki
Nous entrons dans le lagon d’Apataki par la passe Tehere et nous mouillons quelques milles plus au nord.
Paradis des coquillages, les Tuamotu comptent des milliers d’espèces. Sous l’eau, ces coquilles abritent de petits mollusques qui ont élu domicile dans les fonds sableux et dans les anfractuosités du corail. Les bénitiers (pahua) incrustés dans les rochers se rétractent à notre approche, les porcelaines à la robe lustrée sont collées à la roche, les cônes capables avec leur jet venimeux de tuer de petits poissons peuvent même être dangereux pour l’homme. C’est donc sur les plages et les platiers que nous passons de longs moments avec Perrine et Nini à ramasser ces coquilles colorées. Conus Ebraeus, Mitra Mitra, Pustularia Margarita, Cypraea, Erosaria, Mauritia viennent compléter notre collection.
Pendant ce temps là Brice et Luc font une plongée mémorable dans la passe Tehere. Le courant dans les passes rend les plongées particulières. Pour ne pas se faire emporter au large, la plongée doit se faire courant rentrant. Philippe dépose Brice et Luc à la sortie de la passe côté océan, et effectue une surveillance en surface pour les récupérer côté lagon à leur sortie de l’eau. Poussés par le courant ils voient les canyons défiler sous leurs palmes. dans les failles, à l’abri du courant, ils se retrouvent au milieu de petites oasis surpeuplées. Un mérou géant les surprend au détour d’un canyon, il est si gros que même avec leurs palmes les plongeurs ont l’air plus petits ! A la fin de la plongée, ils traversent le fameux mur de requins gris qui nagent paisiblement.
Nous quittons le mouillage près de la passe pour nous diriger vers le nord-est de l’atoll. Il faut zigzaguer entre les patates de corail et les bouées des fermes perlières avant de jeter l’ancre à l’abri de la pointe Teonemahina. Vert brillant des palmes de cocotiers, dégradé de bleu du lagon, blanc éblouissant du sable, c’est un véritable paradis. Le motu touffu semble parfait pour la chasse aux Kaveu. La faune terrestre des Tuamotu se limite aux chiens, rats, cochons, poulets, importés par l’homme et surtout aux crabes terrestres, les tupa et les crabes de cocotiers dits Kaveu. Ces derniers se nourrissent la nuit de noix de coco qu’ils ouvrent avec leurs pinces ce qui donne à leur chair un goût particulier. Vers 22 heures, lampes torches à la main, munis de bottes, de cols roulés et de foulards pour éviter les piqûres de moustiques, nous pénétrons dans la cocoteraie où l’après midi nous avons posé nos pièges (des moitiés de noix de coco accrochées aux pieds des cocotiers). Malheureusement, seuls quelques Bernard l’Hermite festoient dans les pièges et nous rentrons bredouilles. Même à Tahanéa, atoll inhabité, nous verrons seulement deux kaveu, si petits que nous préférons les voir dans la nature plutôt que dans nos assiettes.
Nous sommes déjà le 16 août, Brice et Perrine prennent l’avion le 20 août et nous voulons faire une escale à Moorea avant de rejoindre Tahiti. Nous quittons les Tuamotus avec émotion, plein de souvenirs dans la tête et surtout avec l’envie d’y revenir un jour.
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