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Avril 2007 : Traversée Bornéo/Seychelles
Le 6 avril, nous quittons la rivière de Santubong dans l’état malais de Sarawak, le vent souffle à 20 nœuds de face, l’orage gronde toute la nuit, il pleut sans cesse. Enfin, au petit matin, le temps se calme, le vent tourne et nous filons les voiles en ciseaux. Nous avons environ 3 600 milles à parcourir jusqu’à Victoria, la capitale de Mahé, l’île principale des Seychelles. Un peu moins que pour notre traversée Chili/Polynésie, 4 800 milles parcourus en 33 jours…
Les premiers jours sont calmes. A Pâques, pas d’œufs en chocolat à bord mais nous passons l’équateur pour la troisième fois et nous pêchons un beau thazard qui améliore nos boîtes de poulet au curry trop pimenté !
La mer de Java est peu profonde, rarement plus de 30 mètres avec de nombreux hauts-fonds. C’est la saison de la pêche à la crevette, il y a beaucoup de casiers à peine signalés par un petit drapeau. Le jour, nous arrivons à les repérer, la nuit, il faut être très vigilant car ils ne sont pas toujours éclairés. Il faut aussi éviter les filets qui peuvent être long de plus d’un mille et les pêcheurs aux lamparos pour le coup repérables de très loin. En plus des pêcheurs, il y a les plates-formes pétrolières qu’il faut contourner et de nombreuses épaves pas toujours indiquées sur les cartes … Bref, on ne s’ennuie pas sur cette mer de Java et le 11 avril, nous sommes heureux de passer de l’autre côté du détroit de la Sonde sous un orage impressionnant, à la vitesse de 9,5 nœuds !
Nous voilà dans l’océan Indien, les bateaux se font de plus en plus rares jusqu’à disparaître complètement. Il nous reste encore 3 200 milles à parcourir jusqu’aux Seychelles. Nous faisons cap vers Cocos Keeling Islands pour trouver des vents plus favorables mais nous ne trouvons que des vents irréguliers. La météo ne s’arrange pas, il y a beaucoup de grains qui nous permettent de prendre des douches en plein air avec un rinçage sous la bôme où l’eau ruisselle abondamment. Le 20 avril, la pétole s’installe, les voiles claquent, les coulisseaux de la grand-voile se déchirent à nouveau, il faut recoudre, le moteur va tourner pendant trois jours. Le temps passe lentement, la nuit chacun fait des quarts de trois ou quatre heures, on croise si peu de bateau que celui qui est de quart dort aussi et met un réveil toutes les demi-heures. La journée nous dévorons les bouquins, la pêche est décevante et je tente des recettes inédites : pâtes aux choux de Bruxelles, tarte aux asperges, tartines de cheddar chaud, riz pilaf au corned beef… nous rêvons de laitue au basilic, de camembert coulant et de salade de fraises !
Le 2 mai, pendant que les français élisent notre nouveau président, l’équipage vit une journée noire. Cela commence par un gros grain qui nous surprend, les voiles se mettent à contre, il faut vite redresser le bateau. Le grain fait place à la pétole et nous devons redémarrer le moteur mais notre vitesse reste constante : 1,2 nœuds ??? Luc se met à l’eau, plonge sous le bateau, l’hélice a disparu, elle a du se dévisser. Par chance nous avons gardé l’ancienne hélice et Luc doit replonger pour l’installer. Cette baignade par 5 000 mètres de fond n’est pas très rassurante, cela fait un petit moment que nous faisons le bouchon et nous espérons ne pas avoir attiré trop de monde… En quelques minutes la nouvelle hélice est en place et nous pouvons repartir rassurés. Le moteur va tourner pendant de longues journées. Déjà 22 jours de mer et nous sommes encore à 900 milles des Seychelles !
Les jours suivants, le vent se lève et nous permet de grignoter quelques milles à la voile mais le temps est très instable, le moral des troupes est en baisse, notre vitesse aussi et nos réservoirs de gasoil s’épuisent, il nous reste 60 litres pour notre approche des Seychelles parsemée de récifs. Tiamanga se balance donc au gré des vagues, 1,5 nœuds, 2 nœuds avec des pointes à 3 nœuds. La nuit les grains s’enchaînent et le vent passe de 0 à 30 nœuds. Gréement et équipage sont à bout, il est temps d’arriver. Enfin, le 7 mai, les Seychelles sont en vue, le vent s’est levé, 25 nœuds de face, on en demandait pas tant ! Pour clore cette traversée un marlin nous arrache notre leurre, nous n’aurons pêché que trois poissons en 31 jours, nous sommes bien loin de notre pêche miraculeuse du Pacifique.
A 14 heures, nous entrons dans le port de Victoria. Il faut encore patienter le temps de faire les papiers d’entrée (ce qui pour une fois se fait en 20 minutes) et de gonfler l’annexe, avant de mettre le pied à terre et filer acheter de la bonne viande pour le dîner !
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